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Jeudi 22 juin 2006

Samedi dernier j'ai regardé pour la première fois depuis longtemps les Guignols de l'info. Et j'ai été navrée. Bien sûr il y a toujours deux, trois comiques de répétition pour alimenter un rire facile mais le caractère infondé de certaines caricatures m'ont fait davantage grincer des dents que sourire aux anges. Les Guignols n'aiment pas Bayrou. Soit. On peut critiquer les idées du président de l’UDF ou sa méthode mais s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas lui reprocher, c'est d'être lâche et d’en manquer, précisément, d’idées. Or, les Guignols le présentent comme un premier de classe trouillard et sans conviction. Et cela ne cesse de m'énerver.

            Reprenons : 2002, choc de la civilisation républicaine et procès en règle de la classe politique. Qu’elle n’a pas d’idées, ma pauvre Marianne, qu’elle est mesquine, ma triste République.

            Seulement voilà : c’est le rôle des médias de trouver et de mettre en avant ceux qui ont, précisément, des idées. De les critiquer, de les confronter. On peut reprocher à Bayrou ces prises de position mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas en avoir. Et au final, personne ne parle jamais des mesures qu’il souhaite prendre ou de son analyse de la situation politique. Il suffit de voir le bilan tellement pauvre que le Monde a fait du congrès de l’UDF qui était pourtant riche en propositions.

            Plutôt que de se plaindre que Ségolène Royal « pique » son orientation politique sur Sarkozy, pourquoi ne pas parler de ce que Bocquel ou Orsenna ou n’importe quel homme, politique ou intellectuel, propose comme analyse et comme réforme ?  

            Je comprends que Bayrou cristallise en particulier toute l’arrogance : après tout voilà un homme qui a de véritables convictions (parce que s’il s’agissait seulement de faire une carrière politique, il aurait sans aucun doute préféré se « mouler » dans les rigidités du système UMP), voilà un homme qui a du courage (rappelons son intervention au congrès de l’UMP il n’y a pas si longtemps, et son rejet récent du gouvernement) et voilà, de surcroît, un homme qui préfère un vrai débat politique plutôt que des petites phrases assassines ou les tristes prises de paroles de certains pontes du PS qui préfèrent réagir, contrer, s’opposer plutôt que discuter, proposer et initier.

            Je ne suis pas une inconditionnelle de F. Bayrou mais je trouve qu’il est l’exemple parfait de la carence des médias : leur incapacité ou plutôt leur terrible mauvaise volonté à faire émerger de vrais débats d’idées par delà les guerres d’images.


            Alors si la prochaine campagne sera aussi minable en analyse et en propositions qu’en 2002 je ne m’en prendrai pas (qu’) aux politiques : dans chaque parti, il y a des hommes qui réfléchissent et qui innovent. Il est impardonnable que les médias ne leur donne pas la parole, pour valider ou invalider leurs prises de position.

            Et qu’on ne s’étonne pas des votes aux extrêmes si les médias ne sont pas capables de faire entendre les différentes voix républicaines, des voix nouvelles plus réfléchies et plus innovantes que les sirènes de Le Pen ou de Laguillier.

Par annette papaille - Publié dans : papaillette
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